« Un “consensus” nucléaire français ? »

Retour sur la conférence inaugurale du Réseau Casus Belli à l’École militaire

Le 4 décembre 2025, le Réseau Casus Belli a organisé sa conférence inaugurale à l’École militaire, consacrée à une question centrale de l’histoire stratégique française le « “consensus” nucléaire français ».

Animée par Noam C. Drif, cette rencontre a réuni un public nombreux autour de Yannick Pincé, maître de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle et chercheur associé au CIENS (ENS-PSL), invité de cette première édition. À travers une analyse historique fine et nuancée, la conférence a permis d’interroger la réalité, les fondements et les limites de ce concept.

Un consensus construit dans le temps long

L’intervention a montré que la singularité française en matière nucléaire ne saurait être comprise comme le produit d’un accord immédiat ou homogène entre les forces politiques. Dès les années 1950, le nucléaire militaire s’impose progressivement comme un pilier de la souveraineté nationale, sous l’impulsion du général de Gaulle, mais au prix de débats intenses et de clivages profonds.

Gaullistes, centristes, communistes, socialistes et représentants de la « deuxième gauche » ont, tout au long de la Guerre froide, interrogé la dissuasion nucléaire à l’aune de conceptions parfois antagonistes de la souveraineté, des alliances atlantiques, de l’Europe de la défense ou encore de la responsabilité internationale de la France. Loin d’une adhésion uniforme, le « consensus » apparaît ainsi comme le résultat d’un lent processus de conversion politique et doctrinale à l’idée d’une force de frappe nationale indépendante.

De la conversion des gauches à la stabilisation doctrinale

Un moment clé de cette dynamique se situe dans les années 1970, lorsque la gauche française, longtemps hostile à l’arme nucléaire, réévalue profondément sa position. Sous la présidence de François Mitterrand, cette évolution se traduit par une forme de synthèse entre héritage gaullien et affirmation d’une solidarité occidentale, notamment lors de la crise des euromissiles.

La dissuasion nucléaire devient alors un attribut durable de la souveraineté française, moins débattu publiquement mais toujours structurant dans la définition du rôle international de la France. Cette stabilisation doctrinale n’efface cependant ni les interrogations sur la compatibilité avec l’OTAN, ni les débats contemporains sur une éventuelle européanisation de la dissuasion.

Une réflexion essentielle pour les enjeux stratégiques actuels

En revenant sur la genèse de ce consensus, la conférence a mis en lumière des dilemmes toujours d’actualité : articulation entre autonomie stratégique et solidarité atlantique, place de la France dans la sécurité européenne, ou encore rôle de l’arme nucléaire dans un contexte de retour des rivalités de puissance.

Comprendre cette histoire politique et doctrinale, a souligné Yannick Pincé, constitue un préalable indispensable pour penser la politique de défense de demain, dans un monde où les questions de souveraineté et de sécurité occupent de nouveau une place centrale dans les relations internationales.

Synthèse et podcast en accès libre

Le Réseau Casus Belli met à disposition en libre accès :

  • la synthèse écrite complète de la conférence,
  • ainsi que le podcast de l’intégralité des échanges,
    afin de permettre au plus grand nombre de prolonger la réflexion.

Lien d’écoute et téléchargement : https://linktr.ee/reseaucasusbelli

Remerciements

Le Réseau Casus Belli tient à adresser ses remerciements les plus sincères à l’ensemble des participants ayant assisté à cette conférence inaugurale.

L’association remercie tout particulièrement Yannick Pincé pour la qualité de son intervention, la clarté de ses analyses et la richesse des échanges avec le public, qui ont constitué le point d’orgue de cette soirée.

Le Réseau Casus Belli exprime également sa profonde gratitude à Franck Smith, directeur de la Bibliothèque de l’École militaire, pour la confiance accordée à l’association, ainsi qu’à l’ensemble de ses équipes pour leur accueil, leur disponibilité et leur appui logistique, déterminants dans la réussite de l’événement.

Enfin, l’association remercie chaleureusement toutes les personnes présentes pour la qualité de leurs questions et de leurs interventions, témoignant de l’importance de maintenir des espaces de réflexion rigoureux, pluralistes et ouverts sur les enjeux stratégiques et géopolitiques contemporains.